13 septembre 2006
extraits made in KB
Alger était moite, comme l’entrejambe chaude d’une fille, les gens dégageaient d’affreuses odeurs acides, on ne respirait plus, je cherchait de l’air, de la vie, tout était emplis de gaz gris et étouffant, Alger parfois est l’endroit le plus sale du monde. Des relents de pisse s’agrippent à vos narines, des eaux malpropres gouttent des immeubles comme pleins de petits crachats blanchâtres et postilloneux dont on ignore la source. La peau devient humide, la poussière s’incruste dans les pores de votre peau y laissant des marques profondes brunes, vos pieds foulent le sol et se creusent de sillons brûlants qui se craquèlent. La soif vous bouffe la langue et le palais, votre vue se brouille, la chaleur est assommante, pas d’air, pas de vie, les gens sont mornes, tout votre corps s’affaisse et se traîne sans grâce, si l’Algérie avait été froide son avenir et son peuple aurait été tout autre. Dans le bus les gens se battent pour s’assoire ou pour une fenêtre, les corps s’entassent et collent, nonchalants ils déplacent leurs masses comme du bétail.
...
Dès l’arrivée à Roissy, je me sentais sale, collée à ma peau la misère d’Alger était là, indélébile. Mes pieds dans des sandales poussiéreuses paraissaient miséreux, pourtant à Alger je les trouvais propres mes pieds. Alger est pleine de pieds savez-vous, pieds tordus, cornus, puants, noirs, marchant gaiement dans des claquettes au bout de maigres jambes, ils sont libres, tout le temps, riants et heureux. A Roissy mes vêtements usés lavés et relavés faisaient grise mine devant ceux de tous ces autres qui sans doute changeait de garde-robe plus souvent que l’algérien moyen. Mon éternel jean tombait en lambeaux, j’avais l’air ancienne, d’une autre mode, c’est bien que je venais d’un autre monde, un autre temps. C’est étrange l’occident, tout y est propre et bien réglé. Les gens ne vous défigurent pas, ils passent, sans un regard sans un battement de cil, des fantômes qui flottent. Il n’y a que des bruits de machines, aucuns bruits humains, pas de rires, pas de pleurs d’enfants, pas de savates en plastiques jetées du troisième étage, dieu que c’était froid et aseptique, tout était à sa place, et tout le monde regagnait cette place la connaissant parfaitement, un mécanisme sans accroc. Je déprimait déjà mais pas encore assez pour fuir. Car la liberté parisienne était trop tentante, au diable les gens.
... Mais j’ai beau me laver ma peau reste grise, pourtant Alger est blanche, pourquoi m’avoir si rudement marquée ?! Je suis une sauvage, je me sens mal, tout est étranger à moi, cette jungle si parfaite m’effraie, je n’ai plus de repères, pourquoi ! Les gens ont l’air blonds, leur peau laiteuse, leurs mains douces, peu marquées. Moi je me sens rêche, mes cheveux frisent, mes mains sentent la javel pourquoi tout s’exacerbe ainsi ! Puis ça passe.
...
Je viens de faire la moitié de l’Algérie en voiture. Presque tout l’ouest algérien, l’horrible ouest algérien, Boumedfaa, Khmis, Sheikh sidi lakhdar, El-Attaf, Chlef et autres villes déprimantes. Pleines d’hommes dans les rues. Tout le long la route n’a été que laideur absolue, des briques grises posées ici et là servant de maisons, des épiceries à perte de vue, des décharges, de la poussière, des gens assis par terre accrochés à un coin d’ombre à regarder la vie passer. Cette misère me donne envie de vomir, je ne peux pas la voir, je veux fuir, chez moi, loin. Ne plus voir ces êtres sales avec des torchons sur la tête, ne plus entendre leurs accents moyenâgeux, ces moutons qui courent partout, ces sacs poubelles et les immondices qu’on retrouve partout, partout la même chose, partout les mêmes bâtiments aux couleurs criardes vomit ici et là n’importe comment, sans rue, sans arbres, que de la boue et de la poussière. Et aucune femme tout le long de la route, aucune. Et tous les intérieurs, pareils tous. Tous le lustre doré mauvais goût tapageur, tous des sourates accrochées sur les murs ou pire écrites en gros sur leurs maisons difformes « hada min fadhli rabi » (ceci est volonté de dieu), cette envie de montrer au monde que leur richesse est honnête, c’est criant de fausseté. Tous des meubles surchargés de bibelots dorés horribles, des maisons pleines de matelas et de coussins, et des vitrines de musées représentant les collections interminables de tasses et sous-tasses et thermos brillants de pacotille. Des canapés protégés avec des plastiques, des salons fermés à double tour, et une télé flambant neuve avec les feux de l’amour qui défilent juste en dessous du calendrier géant de la Mecque, tous pareils. Même chez ma grand-mère ; pareil. On nettoie, on lave, ça occupe. Mes deux tantes sont là l’une aigrie sans mari et l’autre méprisant son mari, comme quoi l’être humain n’est jamais content. Les voisins beuglent, ça fait trente ans qu’ils ont débarqué de leur trou perdu de bouseux, trente années dans la ville et ils beuglent toujours aussi fort, quartier de notable parait-il, ça ne se fait pas de parler si vulgairement, si fort, d’avoir des enfants à moitié attardés d’un mariage consanguin qui courent partout nus en bêlant. Pourtant enfant je trouvais cet endroit si beau, je jouais avec eux dans la terre, j’y passais des étés entiers. Enfants je pouvais rester n’importe où éternellement. Je me rappel avoir passé des heures assise chez ma nourrice, assise sur un petit tabouret, silencieuse, je regardais, j’attendais, j’ai l’impression d’y avoir passé des années sur ce tabouret dans la cuisine, oubliée.
....
Il pleut c’est l’hiver. Les pieds mouillés, le bas des pantalons rongés, il n’y a plus un centimètre carré de surface terrestre algérienne où on peut marcher proprement quand il pleut. El-Harrach est glaciale, je sens mes os refroidir, mon bassin grelotter, même dans ma tête j’ai froid. Je tousse sans cesse, mes poumons sont trempés par l’humidité, j’ai envie de cracher comme un vieux, ce bled nous bouffe, nous vieillit. Nos regards sont plus durs, envieux, méchants. Nos peaux sont tannées, les voix sont rudes, les comportements quasi sauvages. Les ongles sont sales, les vêtements rêches. Les dents sont pourries et cariées et tous ici ont très tôt des trous dans la bouche. On se rassemble à la fac, sous un bout de toit, on a tous froid mais on rit, à en pleurer on rit, on parle de tout et de rien, on est heureux. On joue aux cartes, les mains gelées, sous une pluie fine même parfois. On mange des m’hadjeb piquants préparés par des mains douteuses mais personne n’en n’est mort. Cette vie nous modèle, nous change à tout jamais. Jamais on sera autres, toujours on sera ébahis, toujours on se sentira petits, écrasés, autres, lointains, très lointains. Nous rampons, vivant comme des rats, regardant les étoiles.
18:55 Publié dans Bouquinage et philosopherie | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note









Commentaires
:)heureux de lire du Kb, du vrais, continue comme ca et je te demanderai peut être un jour de me dédicacé ton énième livres.
Salutation
Ecrit par : Ben | 13 septembre 2006
il est harki ce kb ??NON
Ecrit par : SADIA | 02 octobre 2006
il est harki ce kb ??NON
Ecrit par : SADIA | 02 octobre 2006
c'est des gens comme toi qui me donne envie de devenir un Harki,faut juste comprendre les pensées profonde de KB...se qui n'ai pas le cas pour toi.
Salutation distinguée
Ecrit par : Ben | 06 octobre 2006
Merci Ben :) sinon ca va toi?
Liberté d'expression!
SADIA brizidane!
Ecrit par : KB | 07 octobre 2006
;) se n'ai rien Kb, cela est irritant de lire de telle propos en commentaire d'un tel article que je trouve excellentissime :)certainement le meilleur de Kb.
*Le Ben va bien mise a part qlq problème de santé, ravis de te lire, j’espère que tu porte bien.
Ecrit par : Ben | 07 octobre 2006
Bonjour
Aigri, hautain, irrespectueux.................bla bla bla
tous ça n'estque vérité, ce que tu dis n'est pas evidement toute la vérité mais pour moi s'en est une grande partie.
Je me poses les memes questions, en passant par les memes coins pouilleux que tu cite, ca a beau etre a des kilometres de la mais c'est le meme tableau, le meme excentrisme tellement pitoyable !
Mais le pire pour moi, c'est de voir la fierté de ces gens, qi malgré leur gentillesse, bonté d'ame, ont un comportement a faire palir d'envie les tatars !!
On sais tous que nous algeriens sommes terribles, impayables, inciviques et trop "just" pour nous qualifier, je dis bien "nous" , on reste fils et filles du bled quand meme
Imaginons seulement notre pays tel qu'il est mais avec des citoyens ! Un monde magique
Ecrit par : Nazim | 08 octobre 2006
Bien ecrit, le style a changé, changé ce n'est pas le mot, un caractere vulgaire a été étoufé.
mais parmis les commentaire je n'ai vu aucune critique que des: "oui c'est beau" c'est bien d'encourager ces comperes, mais ne serais ce pas mieu d'aider au dévellopement!!!!!!!!
enfin vous me direz que l'auteur est narcissique je vous réponderais que c'est peut etre une aparence, mais il est loin de l'etre.
il s'en faut du courage pour exprimer des idée pareil, KB regrette son enfance, regrette d'etre algérien, ces idées ne sont pas celles de quelqu'un qui deteste ce que les hommes ont fait de l'algerie mais celles qui trouve que l'algerie est par son éxistance mauvaise, que le ciel qu'il trouva outre mere n'est pas le ciel qu'on trouve ici que le ciel d'ici a la couleur de l'algerie, une couleur qu'il n'apprécie pas, une couleur qui ne rentre pas dans les normes du civisme européen.
je le comprend, nous algeriens n'avons pas d'identité, nous avons trasfiguré notre idéntité un matin de révolution (54) et nous l'avons perdu un soir de carnage (bentalha, terrorisme).
quand j'ai commencé a écrir je n'étais pas d'accord avec KB, j'allais insisté sur ca critique éxagéré, qui glorifie la puissance et dénigre les origines, mais maintenant ayant bien réfléchi, je ne vois pas quelle autre chemin prendre que celui de dire ce qu'on pAnse, si chacun comprenait ce qu'a dit Kb, peut etre que les choses empirerais pour ceux dont l'ideal de vie est différent de celui que KB a choisit........
sans Rancune
Ecrit par : Van Der Rost | 15 octobre 2006
Que tu écris bien , on s y croirait !
Même , si je n 'y suis pas retournée , tu peux écrire toutes les vérités tristes ou pas gaies ....j 'ai toujours autant envie d ' aller à Alger ! Car bien compris le message , KB ne regrette pas d 'êtrre Algérien , ce sont des cris d 'amour .....!
Ecrit par : élisa | 15 octobre 2006
bien joué :) ca fait trop plaisir de te lire, de pas se sentir seul dans ces pensées Mordoriennes, savoir que quelqu'un pense comme soi me troue le cul
Ecrit par : Djalil | 19 octobre 2006
la 1ere ligne: Alger était moite, comme l’entrejambe chaude d’une fille
je suis pas sur mais je crois que"chaude" se raporte à UN entrejambe :s
donc c'est plutot chaud??
désolé je me suis fixé la dessus
sinon bravo j'adore!
Ecrit par : Aie! | 27 octobre 2006
finalement les deux se disent :D
je dormirais moins con :s
Ecrit par : Aie ! | 27 octobre 2006
trop longtemps que j'ai pas fais un tour sur ce blog...
trop lgtmps
Nous aurons KB, toi & moi toujours une divergence capital de la vision de la vie.
(je suis à H-1 d'un exam capital, pas le temps de trop développer mais promis je reviens)
oui, le monde est ainsi fais, notre monde est ainsi fais... il n'est que la résultante de tant de facteurs qui ni toi, ni moi, ni personne sur cette terre ne peut changer... nous ne pouvons qu'agir.. que réagir... l'Algérie est là... nous l'avons être les mains... au lieu de me dire "mais pourquoi c'est aussi moche" je préfére me dire "et si j'essayé de..."
ou est le vrai ? ou le faux ?
ou le beau ? ou est le moche ?
ne recherchons nous pas tous une paix intérieure pour etre heureux ?
vivre en Irlande ou à El Attaf... chacun ses petits buts, chacun son bonheur... chacun sa culture
à mon "misérable" avis...
meme si la vie est belle pour certains,
et moche pour d'autres.
il y a tjrs une solution, un echappatoire qui permet de ne pas assister à des suicides collectifs de la dimension d'une nation...
c'est que chacun trouve son bonheur quelque part...
oui je suis de nature optimiste et c'est ce qui me différe de toi KB...
mais en lisant ce formidable Article... je me suuis dit pour la première fois ;
KB... même si son style est ce qu'il est... ne serait elle pas entrain de mener le même combat ???
celui de l'appel à la vie...
bravo encore pour l'article
Ecrit par : nazim3 | 02 novembre 2006
un article qui congn fort,on sent une lassitude ds le commentaire, ressenti par certains devant l'inanite de la situation, je ss d'accord sur les commentaires la degradations est bien la , et merveilleusement decrit par kb, pas mal a mon avis meme si au gout de certains c sarcastique, j'ai aimé.
Ecrit par : braham | 02 novembre 2006
Salut KB
"il n’y a plus un centimètre carré de surface terrestre algérienne où on peut marcher proprement quand il pleut" ça n'a pas changé, alors?
"El-Harrach est glaciale" l'hiver y est très rude, je confirme.
On sent que tu as écrit sur un coup de blues, j'espère que c'est passé.
Ecrit par : Toto | 06 novembre 2006
Non le coup de blues mazalou profond:)
C'est un blues de l'existence, étant profondément manichéenne je vois l'existence comme une lutten contante entre bien et mal, et je vois mm dans les pires la part de bien, mon idéalisme me perdra, j'ai la nausée de la vie, trop dure, trop moche, trop injuste, en tout, et pourtant la vie continue. Et je ne comprends rien à cette putain d'existence. Bref, merci pour vos réponses, jvé donc essayer d'écrire, j'ai peut-être une chance!
Ecrit par : KB | 11 novembre 2006
salut KB
je n'irai pas par quatre chemins, je t'adore, j'adore te lire, ca m'emporte tres loins et c'est surtout tres vrai.
idéaliste tu l'est, mais la tache te semble si insurmontable que tu en perd ta confiance en l'avenir, ce qui t'améne a critiqué dans un sans pas trop constructif, car a mon humble avis, on pourai pointer du doigt certaines "imperfection" et essayer de donner une solution ou un autre avis ausi modeste qu'il soit.
c'est vrai que nous sommes algeriens,c'est notre pays, l'etranger c'est magnifique, mais bon dieu de bon sang unpeu de chauvinisme, nous devons faire qqs chose, nous populations instruite car personne ne le fera a notre place, et le combat sera dure je te le concéde, mais il reste néanmoins que c'est jouables a bien des niveaux
continue KB, car quand alger est moite comme l'entre jambe chaude d'une filles, et qu'il n'y a plus d'air, c'est par le bias de tes articles qu'on respires.
Ecrit par : adeltall | 16 février 2007
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