26 mars 2007

Entra_bendou_cte

OUED KNISS:

- vend R21 nevada 1987 sans carte grise
- échange pare-brise Passat année 75 contre F1 à Bab-El-oued (3 horloges de préférence)
- Donne tricycle CHICO pleins de m.... de pigeons (avec la nevada)
- vend ordinateur portable mahroug (bon prix)

D'LALA:

- motorola ma yatfache et sans l'option sms (volé)
- I-pod mderrah (volé)
- cabas pleins de soutiens-gorges taille bonnet E et F (pas volé mais tombé d'un container en provenance d'Egypte)

s'QUARE:

change devises, dollards, euros, petrodollards, anciens, nouveaux, kach, à 15 ... demander BOB



*échange belle-mère toutes options, quasi neuf, contre n'importe quoi...

APPEL

Les jeunes parlent aux jeunes, et au moins jeunes aussi ya sidi maalich.

Appel à tous, algériens algériennes ;

A tous, étudiants pour de vrai ou pour de faux, en arabe, français, tamazight ou mandarin, d’ici ou d’ailleurs voire même de plus loin encore, les zawaliyines, les mangeurs de mahdjouba fritte mayonnaise porte-monnaie oblige, les vendeurs de cacahuètes dans des papiers enroulés, les beaux grands et blonds avec des yeux bleus que toutes les mères veulent comme gendre, les moches avec des gros nez, les chômeurs, les pisseurs sur l’autoroute, les éternels hitistes, les sans sels, les sans espoir, les avec espoir, les gosses de riches, les fils de cons, les fils de fiotes, les fils de chahid nés après 62 (et même bien après), les étudiants fauchés, les étudiants frelatés, les coiffeuses qui ont toutes un vieux Nokia 1100, les receveurs, les à qui on leur a retiré le permis, les ceux trop nombreux qui ont des fausses cartes d'ancien moudjahid, les frustrés, les très vierges, les moins vierges, les gars des villes de l’intérieur, les gens de l’UNEA, les BBR ou blondes bla rabi, les filles voilées un peu beaucoup passionnément, les ploum ploum hip hop, les hardoss sales, les blondes fausses, les asiatiques naturalisés, les naturistes, les soukistes, les trabendistes, les extrémistes en tout genre (enfin pas trop quand même), les bazardistes, les babezouaristes, les noirs algériens qui se sentent pas acceptés, les juifs qui se planquent, les arouchs, les fils de harki qui sont là et on sais pas comment, les fans de Matoub un poète peut-il mourir ?, les joueurs de guitare juste pour draguer les filles, les voleurs de portable, les peloteurs des buissons, des bus et autres caleurs, les barbus orthodoxes, druzes ou sunnites, les coincheurs, les tricheurs, les menteurs, les croyants beaucoup, les croyant un peu moins, les croyants à peu près, les athées pour de vrai et pour de faux, les fumeurs sans filtre, les joueurs de dominos, les amateurs de bouteilles en tout genres, les mahgourines, les tayabet el hammam, les kiyassat el hammam, les anti-tous ceux cités ci-dessus, les kalbalouzeristes, les anarchistes, les rocardistes (..Euh ?), les pss pss ssite des rues, les homosexuels refoulés, les anti-homosexuels, les m3askria qui en ont ras les bonbons, les éleveurs de canaris, les chiqueurs, les entubés, les entubeurs, les wled el houma, les bent familiates, les reines de la nuit, les coincés, les timides, les fragiles, les outrés, les choqués, les pas-de-ça-chez-nous, les conservateurs, les conformistes, les cons tout court, les anti-occidentaux, les racistes même envers eux-mêmes, les mangeurs de halouf, les hypocrites, les anti-anti, les désabusés, les désintéressés, les décus, les dévergondés, les pas dédommagés du tremblement de terre et de Bab el Oued, les oubliés, les écrasés, les laisser pour compte, les frites fromages, les gens de la cité U, les jeunes qui n’ont rien à foutre, les diplômés qui n’ont rien à foutre non plus, les anciens pauvres, les nouveaux riches, les fils à papa, les fils à maman, les ex-fissisites, les boutefliksites, les benbouzidistes et autres ouyahiasistes aveuglistes bien naivistes, les culturistes, les ex-messaoudistes mais plus toumistes, les féministes, les fumistes, les jmen foutistes, les bourrés aux bourreks ou de talent et même à autre chose, les bougnouls, les boute-en-train, les bousticheurs, les algérois, les ceux qui se sentent pas concernés par tout ça, les gnawistes, ceux qui peuvent pas changer de paire de chaussure pendant tout le cursus universitaire, ceux qui ont la double nationalité, ceux qui aimerait bien l’avoir, ceux qui veulent se casser bien vite, celles qui veulent se caser tout de suite…

TOUT LE MONDE est appelé à rejoindre notre cause, après 40 ans de pouvoir, gérés par des adultes, incultes, indigestes, des bureaucrates avec des costumes trop grands et des chaussures qui font clac clac trop fort et qui n’ont dans la bouche que le mot « mamnou3 », des policiers qui tapent dans le tas, des agents de sécurité qui veillent surtout à ce qu’on veille pas trop dehors, des dirigeants qui dirigent tout sur eux d’abord… Nous leur diront que nous sommes diplômés, que nous avons l’envie, l’énergie, la possibilité et l’ambition de gérer notre pays, on s’occupera des adultes et on leur fera des « tacheghilat el kibar », et les jeunes géreront des administrations, des ministères, El-Mouradia, des plages, des hôtels de luxe à Palma de Majorqua, des chaînes de télévision et des compagnies aériennes, des usines d’emballages en carton, des société de transport national, des champs de pétrole, des voitures de luxe, des maîtresses, des gosses en Angleterre, des piscines toutes bleues, des élections bidons, des gens venus en J5 pour applaudir… Boumediene est mort! Cette cause est votre cause, et elle commence par dire "non" et décoller vos fesses de cette grande tabouna qui vous brûle allégrement, mes amis réflechissez avec votre c.. , c'est plus sain, et jamais on ne vous fera plus de mal!

Article co-écrit avec Nazym3 dit speedsouk qui est à NYC là tout de suite "an algerian man in New-York" si tu nous lis..

13 septembre 2006

extraits made in KB

Alger était moite, comme l’entrejambe chaude d’une fille, les gens dégageaient d’affreuses odeurs acides, on ne respirait plus, je cherchait de l’air, de la vie, tout était emplis de gaz gris et étouffant, Alger parfois est l’endroit le plus sale du monde. Des relents de pisse s’agrippent à vos narines, des eaux malpropres gouttent des immeubles comme pleins de petits crachats blanchâtres et postilloneux dont on ignore la source. La peau devient humide, la poussière s’incruste dans les pores de votre peau y laissant des marques profondes brunes, vos pieds foulent le sol et se creusent de sillons brûlants qui se craquèlent. La soif vous bouffe la langue et le palais, votre vue se brouille, la chaleur est assommante, pas d’air, pas de vie, les gens sont mornes, tout votre corps s’affaisse et se traîne sans grâce, si l’Algérie avait été froide son avenir et son peuple aurait été tout autre. Dans le bus les gens se battent pour s’assoire ou pour une fenêtre, les corps s’entassent et collent, nonchalants ils déplacent leurs masses comme du bétail.
...

Dès l’arrivée à Roissy, je me sentais sale, collée à ma peau la misère d’Alger était là, indélébile. Mes pieds dans des sandales poussiéreuses paraissaient miséreux, pourtant à Alger je les trouvais propres mes pieds. Alger est pleine de pieds savez-vous, pieds tordus, cornus, puants, noirs, marchant gaiement dans des claquettes au bout de maigres jambes, ils sont libres, tout le temps, riants et heureux. A Roissy mes vêtements usés lavés et relavés faisaient grise mine devant ceux de tous ces autres qui sans doute changeait de garde-robe plus souvent que l’algérien moyen. Mon éternel jean tombait en lambeaux, j’avais l’air ancienne, d’une autre mode, c’est bien que je venais d’un autre monde, un autre temps. C’est étrange l’occident, tout y est propre et bien réglé. Les gens ne vous défigurent pas, ils passent, sans un regard sans un battement de cil, des fantômes qui flottent. Il n’y a que des bruits de machines, aucuns bruits humains, pas de rires, pas de pleurs d’enfants, pas de savates en plastiques jetées du troisième étage, dieu que c’était froid et aseptique, tout était à sa place, et tout le monde regagnait cette place la connaissant parfaitement, un mécanisme sans accroc. Je déprimait déjà mais pas encore assez pour fuir. Car la liberté parisienne était trop tentante, au diable les gens.
... Mais j’ai beau me laver ma peau reste grise, pourtant Alger est blanche, pourquoi m’avoir si rudement marquée ?! Je suis une sauvage, je me sens mal, tout est étranger à moi, cette jungle si parfaite m’effraie, je n’ai plus de repères, pourquoi ! Les gens ont l’air blonds, leur peau laiteuse, leurs mains douces, peu marquées. Moi je me sens rêche, mes cheveux frisent, mes mains sentent la javel pourquoi tout s’exacerbe ainsi ! Puis ça passe.

...

Je viens de faire la moitié de l’Algérie en voiture. Presque tout l’ouest algérien, l’horrible ouest algérien, Boumedfaa, Khmis, Sheikh sidi lakhdar, El-Attaf, Chlef et autres villes déprimantes. Pleines d’hommes dans les rues. Tout le long la route n’a été que laideur absolue, des briques grises posées ici et là servant de maisons, des épiceries à perte de vue, des décharges, de la poussière, des gens assis par terre accrochés à un coin d’ombre à regarder la vie passer. Cette misère me donne envie de vomir, je ne peux pas la voir, je veux fuir, chez moi, loin. Ne plus voir ces êtres sales avec des torchons sur la tête, ne plus entendre leurs accents moyenâgeux, ces moutons qui courent partout, ces sacs poubelles et les immondices qu’on retrouve partout, partout la même chose, partout les mêmes bâtiments aux couleurs criardes vomit ici et là n’importe comment, sans rue, sans arbres, que de la boue et de la poussière. Et aucune femme tout le long de la route, aucune. Et tous les intérieurs, pareils tous. Tous le lustre doré mauvais goût tapageur, tous des sourates accrochées sur les murs ou pire écrites en gros sur leurs maisons difformes « hada min fadhli rabi » (ceci est volonté de dieu), cette envie de montrer au monde que leur richesse est honnête, c’est criant de fausseté. Tous des meubles surchargés de bibelots dorés horribles, des maisons pleines de matelas et de coussins, et des vitrines de musées représentant les collections interminables de tasses et sous-tasses et thermos brillants de pacotille. Des canapés protégés avec des plastiques, des salons fermés à double tour, et une télé flambant neuve avec les feux de l’amour qui défilent juste en dessous du calendrier géant de la Mecque, tous pareils. Même chez ma grand-mère ; pareil. On nettoie, on lave, ça occupe. Mes deux tantes sont là l’une aigrie sans mari et l’autre méprisant son mari, comme quoi l’être humain n’est jamais content. Les voisins beuglent, ça fait trente ans qu’ils ont débarqué de leur trou perdu de bouseux, trente années dans la ville et ils beuglent toujours aussi fort, quartier de notable parait-il, ça ne se fait pas de parler si vulgairement, si fort, d’avoir des enfants à moitié attardés d’un mariage consanguin qui courent partout nus en bêlant. Pourtant enfant je trouvais cet endroit si beau, je jouais avec eux dans la terre, j’y passais des étés entiers. Enfants je pouvais rester n’importe où éternellement. Je me rappel avoir passé des heures assise chez ma nourrice, assise sur un petit tabouret, silencieuse, je regardais, j’attendais, j’ai l’impression d’y avoir passé des années sur ce tabouret dans la cuisine, oubliée.


....

Il pleut c’est l’hiver. Les pieds mouillés, le bas des pantalons rongés, il n’y a plus un centimètre carré de surface terrestre algérienne où on peut marcher proprement quand il pleut. El-Harrach est glaciale, je sens mes os refroidir, mon bassin grelotter, même dans ma tête j’ai froid. Je tousse sans cesse, mes poumons sont trempés par l’humidité, j’ai envie de cracher comme un vieux, ce bled nous bouffe, nous vieillit. Nos regards sont plus durs, envieux, méchants. Nos peaux sont tannées, les voix sont rudes, les comportements quasi sauvages. Les ongles sont sales, les vêtements rêches. Les dents sont pourries et cariées et tous ici ont très tôt des trous dans la bouche. On se rassemble à la fac, sous un bout de toit, on a tous froid mais on rit, à en pleurer on rit, on parle de tout et de rien, on est heureux. On joue aux cartes, les mains gelées, sous une pluie fine même parfois. On mange des m’hadjeb piquants préparés par des mains douteuses mais personne n’en n’est mort. Cette vie nous modèle, nous change à tout jamais. Jamais on sera autres, toujours on sera ébahis, toujours on se sentira petits, écrasés, autres, lointains, très lointains. Nous rampons, vivant comme des rats, regardant les étoiles.