30 août 2006

La bible de Khalil Gibran (extraits)

Lorsque l’amour vous fait signe suivez-le,
Bien que ses chemins soient escarpés et sinueux.
Et quand ses ailes vous étreignent, épanchez-vous en lui,
En dépit de l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.
Et dès lors qu’il vous adresse la parole, croyez en lui,
Même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du nord saccage les jardins.

Car comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix.
Et de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher.
Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil,
Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre.

Pareilles à des brassées de blé, il vous ramasse et vous enlace.
Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu.
Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre bale.
Il vous moud jusqu’à la blancheur.
Il vous pétris jusqu’au point de vous assouplir.
Puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de dieu.
Voila tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre cœur et devenir ainsi un fragment du cœur de la vie.
Mais si dans votre crainte vous ne recherchiez que la paix et le plaisir de l’amour,
Alors il serait préférable pour vous de couvrir votre nudité, de quitter l’aire de battage de l’amour,
Et de vous retirer vers un monde sans saisons,
Où vous pourrez rire sans laisser jaillir tous les éclats de votre rire,
Où vous pourrez pleurer sans jamais libérer toute l’amertume de vos larmes.
L’amour ne donne rien que lui-même et ne prend rien que de lui-même.
Il ne peut posséder et ne peut être possédé.
Car l’amour suffit à l’amour.

23 juin 2006

Big Brother is watching you

«La réalité n’est pas extérieure. La réalité existe dans l’esprit humain et nulle part ailleurs. »

L’inégalité serait-elle le prix de la civilisation ?

… l’inégalité était une loi inaltérable de la vie humaine. Cette doctrine, naturellement, avait toujours eu des adhérents… Dans le passé, la nécessité d’une forme hiérarchisée de société avait été la doctrine spécifique de la classe supérieure. Elle avait été prêchée par les rois et les aristocrates, par les prêtres, hommes de loi et autre qui étaient les parasites des premiers et elle avait été adoucie par des promesses de compensation dans un monde imaginaire par-delà la tombe.

Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivait dans une maison munie d’une salle de bain et d ‘un réfrigérateur... la plus évidente et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparue, devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction. Il était possible, sans aucun doute, d’imaginer une société dans laquelle la richesse dans le sens de possessions personnelles et de luxe serait également distribuée, tandis que le savoir resterait entre les mains d’une petite caste privilégiée. Mais, dans la pratique, une telle société ne pourrait demeurer longtemps stable. Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté, pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’est possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance.


Qui commande le passé commande l’avenir.

Qui commande le passé commande l’avenir ; qui commande le présent commande le passé.
- Est-ce que le passé existe d’une façon concrète dans l’espace ? Y a-t-il quelque part, ou ailleurs, un monde d’objets solides où le passé continue à se manifester ?
- Non.
- Où le passé existe-t-il donc, s’il existe ?
- Dans les documents. Il est consigné.

De plus, il est nécessaire, pour être efficient, d’être capable de recevoir les leçons du passé, ce qui signifiait avoir une idée absolument précise des événements du passé. Journaux et livres d’histoire étaient naturellement toujours enjolivés et influencés.

La guerre c’est la paix.

Le but primordial de la guerre moderne est de consommer entièrement les produits de la machine sans élever le niveau général de la vie.

L’acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement des vies humaines, mais les produits du travail humain. La guerre est le moyen de briser, de verser dans la stratosphère, ou de faire sombrer dans les profondeurs de la mer, les matériaux qui, autrement, pourraient être employés à donner trop de confort aux masses, partant, trop d’intelligence en fin de compte.


Le pouvoir.


L’obéissance ne suffit pas. Comment, s’il ne souffre pas (l'individu), peut-on être certain qu’il obéit, non à sa volonté mais à la vôtre ? Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l’on a choisies.

G. Orwell 1984

10 juin 2006

A la base c'était inspiré par le bac mais ça part vite en vrille sur le sujet très inquiétant des films de mariage...

En ce moment on passe le Bac en Algérie, des vies sont en jeu, de jeunes gens pétrifiés vomissent à tout va, mais qui donc à décidé que ce baccalauréat devait être abordé avec tant de souffrance ? Pourquoi ne pas rassurer ce petit monde, pourquoi ne pas désacraliser la chose ? Les journaux en font la une, tout le monde en parle, dans le bus, dans la rue, et même les petites vieilles encore en hayak n’ont que ce mot à la bouche ! Mais faites les taire donc ! Tant de pression pour un examen qui au final n’est pas si dur, à part pour les tires-au-flanc de première catégorie élevés à l’air libre, cela va s’en dire. Des camions blindés ramènent les sujets, le journal du 20h en fait ses titres, tant de pression qui crée un climat palpable à pleines mains dans l’air. Mais laissez-les donc réviser en paix. Et leur avenir se tracera. On se jettera sur médecine et pharmacie, et tout le reste ira pourrir à Bab-ezzouar –paix à leurs âmes-, ou pire ils traîneront dans un quelconque institut dont les initiales ne nous disent absolument rien. Ils chemineront ainsi cahin-caha sur un chemin douteux semé d’embûches étranges qui les mèneront vers un diplôme encore plus étrange et un vide post-universitaire à combler par un hypothétique boulot payé– soyons fous – à 22 000 dinars pour les plus « appuyés ». Les autres iront se marier et faire des gosses, vendre des merguez, se convertir dans le commerce équitable (hum hum), ou filmer des interminables cortèges de mariés et s’offrir le titre de « cameraman de mariage » (voir NB), bref pleins de choses durement apprises à l’université. Mais arrêtons d’être pessimistes et crions gloire au bac, à l’université algérienne, aux salaires, et à l’avenir de l’emploi. Amen.

NB : très important à souligner cette folie –ridicule pardon- de filmer interminablement un cortège de voiture et d’oser appeler ça cassette vidéo de mariage, qui le regardera ? Ca intéresse quelqu’un des voitures qui roulent sur des kilomètres ? Et quand la mariée habite à Ain Sefra et le marié à Constantine, on film les 8h de route ? C’est très très inquiétant comme phénomène je trouve, très inquiétant.